lundi 4 février 2013


Les patients de Freud - Destins

Mikkel Borch-Jacobsen. Éditions Sciences Humaines, 2011, 224 p., 14 €

Note de lecture de Jacques Van Rillaer - SPS n°302, octobre 2012
La biographie de Freud et d’une dizaine de ses patients (cf.Études sur l’hystérie et Cinq psychanalyses) ont donné lieu à une quantité énorme de publications. Borch-Jacobsen a néanmoins réussi à composer un ouvrage tout à fait original et qui devrait faire date dans l’histoire de la psychologie et du freudisme. Jusqu’à présent, aucun livre n’avait présenté un nombre aussi élevé de patients de Freud (pas moins de trente-et-un !) et très peu avec autant de rigueur.
L’auteur, qui a une formation de philosophe et d’historien, est professeur à l’Université de Washington, ce qui lui a donné l’occasion de travailler aux Archives Freud, déposées à la Bibliothèque du Congrès à Washington1. Il a eu accès à de nombreux documents non encore publiés, en particulier des entretiens de Kurt Eissler, le secrétaire des Archives, avec d’anciens patients de Freud et leurs proches.
L’auteur a rassemblé une documentation exceptionnelle. Il s’est limité à des personnes venues chez Freud pour une thérapie (à partir des années 1920 Freud s’est pratiquement limité à des analyses didactiques de futurs disciples2). On savait par quelques journaux d’analyse publiés par des psychiatres venus faire leur didactique chez Freud que sa pratique différait des règles qu’il avait publiées et qui sont devenues celles de l’Association internationale de Psychanalyse. Le présent ouvrage montre que Freud était encore plus interventionniste avec des patients qu’avec des élèves. Tantôt il interdisait d’avoir des relations sexuelles ou de se masturber, tantôt il conseillait de se marier et d’avoir des enfants (ce qui s’est avéré plusieurs fois catastrophique pour les intéressés). On apprend à quel point Freud était money-minded, selon l’expression d’un patient. Freud a traité surtout des juifs autrichiens, riches ou richissimes (par exemple Fanny Moser, qui semble avoir été la femme la plus riche d’Europe centrale). Beaucoup étaient des « névrosés dorés », nullement représentatifs des troubles mentaux du genre humain. Les honoraires étaient extrêmement élevés (à partir des années 20, Freud n’acceptait que des clients payant en devises étrangères au moins 10 $ la séance). Le coût total était généralement astronomique, car Freud imposait un minimum de six séances par semaine, mais parfois jusqu’à douze, et la cure durait des années. Ce fut le cas par exemple pour Elfriede Hirsfeld souffrant d’obsessions-compulsions : un traitement de sept ans à raison de neuf à douze séances par semaine (au total 1600), un traitement qui échoua.
Autres découvertes : Freud, qui écrivait en 1917 que la psychanalyse ne pouvait aider les psychotiques, a cependant essayé d’en traiter (par exemple, de 1925 à 1930, Carl Liebman, qui finira à l’asile). Il demandait à ses riches patients de faire des cadeaux pour qu’ils ne souffrent pas d’un sentiment de gratitude à son égard. À la baronne Marie von Ferstel, qui souffrait de constipation, il avait prescrit : « Vous devez apprendre à lâcher quelque chose ! Vous devez donner plus d’argent, par exemple ». Elle lui avait alors offert une villa dans une station de vacances (qu’il s’empressa de vendre)… sans effet laxatif réel. Plus tard, elle qualifiera Freud de « charlatan », une expression qu’utilisera aussi le baron von Dirsztay après 1400 heures d’analyses qui, disait-il, l’avaient « détruit ».
La leçon la plus importante de cette enquête est un paradoxe. Freud n’a obtenu quasi aucunsuccès thérapeutique avec des patients ayant des troubles sérieux. La plupart ont vu leur états’aggraver. Certains ont fini à l’asile, d’autres se sont suicidés (sur les trente-et-un patients, trois suicides réussis, plus quatre tentatives). Malgré cela, Freud paraissait un génie révolutionnaire aux yeux de l’avant-garde viennoise, tout comme Lacan à Paris il y a un demi-siècle. Bon nombre de ses patients lui ont voué un véritable culte, malgré l’absence de résultats thérapeutiques. Pour eux, la cure était devenue leur mode de vie. Par contre, la plupart des proches des patients étaient très mécontents. Ce fut le cas du mari de la baronne Anna von Lieben, qui fit arrêter le traitement après six ans d’une analyse qui n’avait pas pu la délivrer de sa morphinomanie (au contraire, Freud accompagnait la cure par la parole d’injections de morphine).
L’ouvrage devrait intéresser les démystificateurs du freudisme, mais aussi des psychanalystes qui y découvriront comment Freud travaillait effectivement. Il devrait également intéresser les lecteurs de Science et pseudo-sciences, qui verront à quel point l’histoire peut s’avérer efficace pour dévoiler des supercheries. Ils verront aussi qu’un thérapeute ne doit pas réellement soigner pour garder des patients dans ses filets.
1 Nous avions rendu compte de son ouvrage (écrit avec S. Shamdasani) Le dossier Freud : enquête sur l’histoire de la psychanalyseSPS n°272.
2 Pour ces clients, voir : P. Roazen (1995) How Freud worked : first-hand accounts of patients. Jason Aronson. Trad.,Dernières séances freudiennes. Des patients de Freud racontent. Paris : Seuil, 2005, 352 p.

lundi 21 janvier 2013


 UNA CARTA DE LA UNIÓN HUMANISTA FINLANDESA:
Apoyen a Sanal Edamaruku

       

Queridos amigos, 
Les escribo en mi calidad de presidente de la Unión Humanista Finlandesa, como asociado honorario de la Unión Racionalista Finlandesa y como amigo cercano de Sanal Edamaruku desde hace décadas.
Como ustedes sabrán, Sanal está viviendo en Helsinki desde Junio del 2012. Me alegra que la Unión Humanista Finlandesa tenga las posibilidades de ofrecerle una base segura, aunque modesta, fuera de la India en donde él está librando una batalla legal por el caso de blasfemia de la que lo acusan unos fanáticos religiosos apoyados por la iglesia Católica Romana. Este caso, basado en las leyes draconianas de tiempos coloniales, está amenazando la libertad de Sanal e incluso su vida, pues hemos obtenido información confidencial de un plan para atacarlo en caso de lograrse el arresto. A pesar de esta escandalosa violación a los Derechos Humanos que lo ha traído a trabajar en el extranjero, nos consideramos muy afortunados pues su presencia está enriqueciendo e inspirando el humanismo finlandés y ha ahondado nuestro conocimiento sobre la India y el trabajo parteaguas de la Indian Rationalist que se está realizando bajo la guía de Sanal desde hace más de tres décadas. Durante los seis meses de su exilio, Sanal no solamente no sha inspirado aquí en Finlandia, sino a racionalistas, escépticos, secularistas e humanistas en muchos países europeos entre los que están Polonia, España, Suecia, Dinamarca, Alemania, Irlanda y el Reino Unido, en donde ha dado conferencias públicas y ha conocido a escritores, artistas, políticos y líderes de varias organizaciones. La gira de conferencias a otros países está planeada. En los próximos meses Sanal planea viajar a Estados Unidos, Sudamérica, Australia y algunos países asíáticos.
Sanal se encuentra actualmente desafiando (e incluso disfrutando) el frío invierno de Finlandia mientras usa su exilio intensamente trabajando productivamente.  Además de sus conferencias y muchos otros proyectos, está ocupado escribiendo dos libros. Pero todo esto no lo hace olvidar por un momento su misión en la vida: está determinado a ayudar a la India a superar sus supersticiones y fundamentalismo, mientras desarrolla un temperamento científico, de responsabilidad y tolerancia. Está trabajando incansablemente para no permitir que los enemigos e la razón usen su ausencia para apretar el control que tienen en la India. Sanal ha movido energías enormes y ha desarrollado nuevas ideas para mantener contacto cercano con la base racionalista de todas partes de la India para alentar a sus colegas, guiándolos en su trabajo desde la distancia.
Siento que el tiempo ha llegado para que nosotros – la comunidad de racionalistas, humanistas, ateos, librepensadores, seculares, escépticos y cualquiera que sea nuestra denominación – nos unamos para apoyar estos esfuerzos. No se trata solamente de brindar apoyo a un hombre valiente, honesto e inteligente que ha dedicado su vida a la lucha por la causa que todos compartimos. Es sobre el paso histórico que puede hacer una enorme diferencia para el futuro de un país con más de un millón de habitantes.
Pensemos las cosas que se pueden lograr. Por el momento, tengo dos propuestas de acción inmediata:
1. Por favor escribe una carta al Primer Ministro de la India Dr. Manmohan Singh y solicítale que haga lo necesario para que el caso en contra de Sanal Edamaruku se anule para lograr su seguridad. La Unión Humanista Finlandesa ya ha escrito una carta en inglés que puede ser utilizada como modelo y se puede encontrar (presionando aquí).   
   
Marca copia de esta carta tanto al embajador, alto comisionado o Cónsul de la India en tu país así como al correo rationalist.international@gmail.com. La lista de direcciones y detalles de contacto de los embajadores, altos comisionados y Cónsules de la india en diferentes países la puedes encontrar en http://www.embassypages.com/india

2. Manda una contribución en apoyo a Sanal Edamaruku y su excepcional trabajo para el Racionalismo. Todos aquéllos que envíen su donación recibirán un correo de reconocimiento directamente de Sanal Edamaruku y una copia de mi libro "Educación Secular Ética" (en inglés, hasta agotar existencias). Para hacer una contribución, sigue la liga apretando el botón de abajo.
Manda una contribución en apoyo a Sanal Edamaruku y su excepcional trabajo para el Racionalismo. Todos aquéllos que envíen su donación recibirán un correo de reconocimiento directamente de Sanal Edamaruku y una copia de mi libro "Educación Secular Ética" (en inglés, hasta agotar existencias). Para hacer una contribución, sigue la liga apretando el botón de abajo.. 

mercredi 9 janvier 2013


 OTRA VEZ ESPERANDO UN PLATILLO VOLADOR...
De psicópatas, comerciantes y el gran negocio del día final
Sanal Edamaruku
(Escrito un día antes del fin del mundo, el 21 de diciembre de 2012)
20 de diciembre de 2012. La muerte está al acecho. Nuestro mundo llegará a un abrupto final mañana. Uno de los pocos lugares en la Tierra que será perdonado es la ciudad francesa de Bugarach, al suroeste de Carcassone. Anidada en las sombras de Los Pirineos se ubica este legendario lugar. Hace unos 800 años, el Papa Inocente III lanzó ahí una sangrienta cruzada para extinguir la herejía Cathar. Mañana se esperan aliens con platillos voladores para que rescaten a los elegidos. Temiendo lo peor, el presidente municipal de Bugarach ha solicitado a la policía que acordone el espacio en donde aterrizarán los alienígenas....
Las alarmas del fin del mundo se disparan con una regularidad incremental desde que Noé construyó el arca. La parte realmente predecible sobre los días del fin del mundo es: tan cierto como los huevos son huevos, siempre habrá un día después. En esta ocasión será el próximo sábado. El triunfo de la vieja y confiable realidad sobre las siempre nuevas y grotescas creencias paranormales deja, sin embargo, un sabor amargo. ¿Puedes menospreciar a esos millones de personas que corren y golpean sus cabezas en contra de la pared una y otra vez? Su innecesario sufrimiento es un recordatorio de que los enemigos de la razón son potencialmente armas de destrucción masiva que no pueden ser fácilmente desactivadas.
Las profecías del fin del mundo podrían no ser la parte más peligrosa del problema. Ya que siempre están ligadas a colisionar fuertemente con la existencia del mundo después de la hora cero, nos permite una mirada al proceso – aquí en cámara rápida – el cual regularmente sería tan lento como para entenderlo. Es el proceso de inmunización en contra de la razón.
Déjà vu: tomado de hace tomado de 58 años atrás, aquí en diapositiva congelada en el tiempo.
El 20 de diciembre de 1954, un pequeño grupo de personas se sentaron juntas y esperaron el gran evento. Esa noche, creían, una inundación destruiría la Tierra. Pero antes eso, un platillo volador aterrizaría justo en su jardín y los rescataría a todos llevándolos a un destino desconocido. Su líder, Dorothy Martin, un ama de casa en Chicago, clamaba haber contactado a los alienígenas del planeta Clarion, quienes la eligieron a ella como medium para las revelaciones. Quienes realmente creyeron en ella se prepararon para el gran viaje. Dejaron sus trabajos, escuelas, familias y regalaron sus propiedades. De acuerdo a su última instrucción, se quitaron todos los objetos metálicos de su cuerpo. El reloj marcó la medianoche, pero nada pasó. Simplemente no pasó nada. ¿Que harían ahora?
El psicólogo social Leon Festinger y sus colegas los observan. Leyeron en la prensa local sobre los mensajes misteriosos de la señora Martin, formularon una teoría sobre lo que sucedería y se infiltraron en el grupo. Dos años después publicaron un estudio parteaguas "Cuando las profecías fallan", ejemplificando con la señora Martin y sus creyentes lo que es "la teoría de la disonancia cognitiva". La teoría ofrece la clave para los mecanismos sociales y psicológicos detrás de la religión, mágico y varios patrones de comportamiento irracional. Festinger sostiene que la disonancia entre ideas, creencias valores o emociones encontradas causan una fuerte incomodidad alimentando el deseo para reducir dicha disonancia alterando y ajustando las cogniciones o añadiendo nuevas. El ejemplo más sencillo es el zorro de las fábulas de Esopo, el cual se convence a sí mismo de que las uvas que no puede alcanzar deben de estar amargas.
Nuestro grupito religioso, esperando en vano su viaje en esa noche de diciembre, se estresó profundamente cuando la realidad chocó fuertemente con sus queridas creencias en las que ya habían invertido mucho. No podían aceptar la realidad. Modificaron y ajustaron su creencia para reducir la disonancia. Al amanecer, horas después del tenso e incómodo silencio y del lloriqueo, los alienígenas le dictaron a la señora Martin la solución: ¡el dios, conmovido por la sinceridad del grupito abandonó su plan y salvó al planeta de la destrucción!. Esto lo cambió todo. Los creyentes, quienes anteriormente evitaban al público, salieron en estampida y comenzaron a esparcir "las buenas noticias" con vigor y entusiasmo. Convenciendo a otros, "probaron" para ellos mismos que todo estaba bien.

No todos los cultos del fin del mundo encuentran un final "feliz". Para grupos como el Templo de las Personas de Jim Jones o La Puerta del Cielo, la única opción fue cometer suicidio o asesinato masivo. Este no es un fenómeno nuevo. Hay registros del siglo V en donde se muestra el caso de un Rabbi Friskis en Creta, quien se autoproclamó Moisés y anunció que  partiría el mar y llevaría a sus seguidores a tierra santa. Por supuesto, en la realidad las aguas no lo obedecieron. Excepto por algunos hombres rescatados por los pescadores que cuentan la historia, todos los seguidores se ahogaron en las en las olas.

La señora Martin (quien pronto se convertiría en la Hermana Thedra) recreó el "día final" más clásico. Su platillo volador no es mas que una versión actualizada de El arca de Noé en el Génesis. Las profecías del día final se conocen desde hace miles de años en todas las religiones. En siglos recientes, las antiguas tramas sobre una deidad perfeccionando su creación haciéndolas más sensacionalistas con algunos elementos accesorios acordes a la época. Han habido OVNIs, abejas asesinas, el imperio mundial comunista o el imperio vaticano, agujeros negros o fallas globales de las computadoras. Sin embargo una cosa invariablemente permanece igual. Al menos desde que existen registros históricos, ninguno de los Apocalipsis predichos se han vuelto realidad. Pero eso no importa, pues siguen apareciendo y desapareciendo. El artista Loren Madsen ha listado más de 250 días finales que no han ocurrido.

En tiempos recientes, tales predicciones utilizan un alcance más allá del pequeño círculo de un grupo particular de religiosos. En 2011 Harold Camping, un presentador fundamentalista cristiano, fue capaz de generar histeria considerable anunciando el fin de los tiempos por fuego–azufre–plaga. Pero su plazo del 21 de octubre pasó sin ningún suceso relevante, algo muy similar a lo que le ocurrió el 21 de mayo de 1998 y el 6 de septiembre de 1994. También lo hizo Sylvester en 1999, a través del milenio hubo muchos incautos que temblaron de miedo por los cataclismos y la destrucción total de las computadoras en el "Y2K". Por ahora el drama se ha pospuesto para el 21 de diciembre de 2012.

El siguiente día final se espera que sea el bueno. No, el mundo tampoco acabará el 21 de diciembre de 2012. La tierra no colisionará con el obscuro planeta X y no será tragada por un agujero negro, ténganlo por seguro. Tampoco habrán tormentas solares, ni cambio de polos, ni erupción de súper volcanes. La noción de tales catástrofes amenazando próximamente no tienen base científica y se contradicen con las observaciones astronómicas más simples. Y sobre el calendario maya, de hecho no termina el 21 de diciembre. Los calendarios no terminan, solamente se reinician sus indicadores de cuando en cuando. Pero tal disparate ni siquiera es nuevo, el fenómeno pseudo–científico  del 2012 se ha esparcido gracias al internet y los medios masivos. La razón es sencilla, el día final es un día de bonanza. Nada vende mejor que el miedo.

La estrategia de mercadotecnia para la película hollywoodense de desastre "2012", estrenada en 2009 quitó todos los frenos en una agresiva campaña viral. La distribuidora Columbia Pictures trató sin escrúpulos vender la trama de la película como verídica, creando por ejemplo, un falso sitio web sobe el Instituto Humano de Continuidad que corría una lotería cuyo premio eran lugares para salvarse en colonias espaciales. Alcanzaron los 140 millones de visitas vía Internet, reproducciones móviles y en televisión. Valió la pena el gasto. La mediocre película logró producir $ 603,567,306 en las ventas fuera de Estados Unidos.

Antes del estreno de la película. David Morrison de la NASA reportó haber recibido más de 1000 solicitudes de personas que creyeron que el sitio era genuino. "Incluso he atendido casos de adolescentes que dicen que están considerando el suicidio porque no quieren ver cómo se acaba el mundo", dijo. "Creo que cuando mientes en el Internet y espantas a niños para hacer dinero, está muy mal desde el punto de vista ético". Hay un punto crucial. De hecho, creo que debemos considerar poner límites legales a quienes negocian con el miedo y la irracionalidad. No solamente en la industria del cine. Hay cuentas pendientes con quienes han negociado aprovechando la ola del "día final". Y no solamente con el "día final". Vender cosas desde búnkeres, brazaletes y curas milagrosas no sólo explotan a las personas; refuerzan masivamente los incapacitantes mentales que son los círculos viciosos de superstición en sus vidas. La generación de supersticiones está trabajando tiempo extra, incluso por medio de lo que considerábamos medios críticos y progresivos.


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samedi 6 octobre 2012

El precio inicial es de más de dos millones de euros


La carta atea de Albert Einstein, a subasta en internet

El físico Albert Einstein. | El Mundo
El físico Albert Einstein. | El Mundo
"La palabra Dios para mí no es más que la expresión y el producto de la debilidad humana y la Biblia una colección de honorables pero primitivas leyendas". Con esta rotundidad se expresaba Albert Einstein, en una carta escrita en 1954 que saldrá a subasta el próximo lunes a través del portal eBay.
La histórica carta fue enviada por Einstein al filósofo judío Eric Gutkind, como respuesta a su libro: 'Optemos por la vida. La llamada bíblica a la rebelión'. Es un documento que va mucho más allá de las preocupaciones científicas del genio y deja muy clara su opinión sobre las creencias religiosas.
El portal eBay, que también ha colgado el documento en Internet, ofrecerá la denominada 'Carta de Dios de Einstein', a un precio inicial de más de tres millones de dólares (unos 2,3 millones de euros).
La carta de Albert Einstein
La carta de Albert Einstein
En la carta, Einstein afirma que, en su opinión, el judaísmo y todas las religiones son "la encarnación de las supersticiones más infantiles"y no considera a los judíos "mejores que otros grupos, ni elegidos".
"He estado preparando subastas de alto nivel desde 2005, pero ésta es la más significativa que he hecho desde que me dedico a esto", ha declarado a la CNN Eric Gazin, presidente de Auction Causa, el grupo que ha organizado la subasta por eBay.
"Einstein es una de las mentes más grandes de la historia, pero casi todo lo que conocemos de él es científico. Por eso esta carta supone la revelación de un aspecto poco conocido del físico. Nadie conocía la existencia de esta carta hasta hace poco", asegura Gazin.

Algunas críticas

Sin embargo, algunos expertos niegan la novedad de esta carta. Diana Kornos Buchwald, profesora de Historia del Instituto Tecnológico de California y directora del Proyecto Einstein Papers, certifica la existencia de copias de la carta y otros escritos que reflejan preocupaciones y sentimientos similares del científico. Estos escritos están presentes, por ejemplo, en los Archivos Albert Einstein en la Universidad de Jerusalen o el centro de su proyecto en Pasadena, California.
Según Buchwald "no hay ninguna novedad en esta carta". Su postura frente a la religión quedó clara desde que se convirtiera en una figura pública en 1921, tras recibir el premio Nobel de Física. Sin embargo, reconoce que la carta "es franca y deja su posición muy clara en contraste con otros escritos donde era más comprensivo con la necesidad que sienten algunas personas de creer en Dios y no mostraba desprecio hacia la religión".
Buchwald reconoce el valor de una discusión sobre documentos históricos como esta carta, pero critica la forma en que ha sido presentado el escrito y critcica la traducción que ha presentado la casa de subastas.
La carta se dió a conocer ya entre el gran público en mayo de 2008 cuando fue subastada por 310.000 euros y avivó la eterna guerra cultural entre ciencia y religión.
El lunes, en cualquier caso, arrancará la subasta de esta reliquia de la historia de la ciencia que, sin duda, tardará poco en venderse. El organizador, además, ha explicado que una parte de lo que se pague por ella irá destinada a la investigación contra el cáncer.

vendredi 21 septembre 2012


Science et religion : l’irréductible antagonisme.

Jean Bricmont



Si nous prenons en main un volume quelconque, de théologie ou de métaphysique scolastique, par exemple, demandons-nous : Contient-il des raisonnements abstraits sur la quantité ou le nombre ? Non. Contient-il des raisonnements expérimentaux sur des questions de fait et d’existence ? Non. Alors, mettez-le au feu, car il ne contient que sophismes et illusions.

David Hume1

INTRODUCTION

Il semble que l’heure soit au dialogue, après des siècles de conflit et de séparation, entre science et foi, ou science et théologie. On ne compte plus les séminaires et les rencontres consacrés à ce thème. Des scientifiques éminents comme Friedrich von Weizsacker et Paul Davies ont reçu le prix " pour le progrès de la religion " , offert par la fondation Templeton. L’American Association for the Advancement of Science a organisé récemment (en avril 1999) un débat public sur l’existence de Dieu2. L’hebdomadaire Newsweek n’hésite pas à proclamer sur sa couverture que " la science découvre Dieu " (27 juillet 1998). Plus près de nous, l’Université Interdisciplinaire de Paris3 (UIP) organise de nombreuses conférences sur le thème de la convergence entre science et foi, avec la participation de scientifiques de très haut niveau et cette " université " jouit de soutiens puissants. Le ‘positivisme’ n’est plus de mise en philosophie et la science, post-quantique et post-gödelienne, s’est faite modeste. D’autre part, les théologiens se sont mis à l’écoute de la science qu’ils ont renoncée à contredire ou à régenter. Tout ne va-t-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Non. Je vais plaider une thèse qui va à l’encontre de cette tendance et montrer que, si elles sont bien comprises, la démarche scientifique et la démarche religieuse sont en fait inconciliables. Évidemment, la démarche religieuse est aujourd’hui difficile à cerner, parce qu’elle est devenue terriblement vague et diversifiée, ce qui rend la critique malaisée. On peut toujours me répondre que je n’ai pas compris l’essence de la démarche et me renvoyer à la lecture d’un nouvel auteur. Je limiterai par conséquent ma critique à quatre axes qui me semblent caractériser les principales attitudes adoptées aujourd’hui par les croyants face à la science : d’abord, le concordisme, c’est-à-dire l’idée que la science bien comprise mène à la religion. Deuxièmement, la doctrine, opposée à la première, selon laquelle il existe différents ordres de connaissance, l’un réservé à la science, l’autre à la théologie (avec parfois la philosophie entre les deux). Troisièmement, la thèse, réactualisée récemment par le paléontologue Steven Jay Gould4, affirmant que la science et la religion ne peuvent pas entrer en conflit parce que l’une s’occupe de jugements de fait, l’autre de jugements de valeur. Et, finalement, ce qu’on pourrait appeler le subjectivisme ou le postmodernisme chrétien. Pour conclure, je ferai quelques remarques sur l’actualité et l’importance de l’athéisme.

Pour le dire d’un mot, la racine de l’opposition entre science et religion porte essentiellement sur les méthodes que l’humanité doit suivre pour obtenir des connaissances fiables, quel que soit l’objet de ces connaissances. Un des principaux effets que la naissance des sciences modernes a eu sur notre façon de penser, c’est la prise de conscience, à l’époque des Lumières, des limites que la condition humaine impose à nos possibilités d’acquérir des connaissances qui vont au delà de l’expérience. Par ailleurs, je suis parfaitement conscient du fait que les idées avancées ici ne peuvent paraître neuves que dans la mesure où elles ont été en partie oubliées. Néanmoins, la confusion qui existe dans une partie du monde intellectuel à propos des rapports entre science et religion force malheureusement les incroyants à réaffirmer régulièrement leurs propres " vérités éternelles "5.

LE CONCORDISME

N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu absurde dans le spectacle d’êtres humains qui tiennent devant eux un miroir et qui pensent que ce qu’ils y voient est tellement excellent que cela prouve qu’il doit y avoir une Intention Cosmique qui, depuis toujours, visait ce but...Si j’étais tout-puissant et si je disposais de millions d’années pour me livrer à des expériences, dont le résultat final serait l’Homme, je ne considérerais pas que j’aurais beaucoup de raisons de me vanter.

Bertrand Russell6.
L’idée selon laquelle il existe une sorte de convergence entre science et religion est ancienne mais cette approche, après avoir été plus ou moins mise de côté pendant des années, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt7. Ses partisans soutiennent que la science contemporaine elle-même offre de bons arguments en faveur de l’existence d’une transcendance ; contrairement à la science classique, matérialiste, du 18e siècle, la mécanique quantique, le théorème de Gödel, le Big Bang, et parfois la théorie du chaos, nous offrent une image réenchantée du monde, indiquent les " limites " de la science et suggèrent un au-delà. Un exemple typique de ce genre de raisonnement est basé sur le " principe anthropique " : des physiciens ont calculé que, si certaines constantes physiques avaient été très légèrement différentes de ce qu’elles sont, l’univers aurait été radicalement différent de ce qu’il est et, en particulier, que la vie et l’homme auraient été impossibles. Il y a donc là quelque chose que nous ne comprenons pas ; l’Univers semble avoir été fait de façon très précise afin que nous puissions en faire partie. En fait, il s’agit d’une nouvelle version de ce que les anglo-saxons appellent " the argument from design " , à savoir que l’univers semble avoir été fait en fonction d’une certaine finalité et que cette finalité elle-même témoigne de l’existence d’un Grand Architecte8.

Les scientifiques non-croyants répondent de différentes façons à ce genre d’arguments : par exemple, on peut dire que la situation est temporaire et que d’autres phénomènes qui, dans le passé, ont été considérés comme des preuves évidentes de l’existence de la Providence, tels que l’extrême complexité des êtres vivants, ont été, en principe, expliqués scientifiquement. Par ailleurs, rien ne dit que l’univers observé est le seul qui existe et, s’il en existe plusieurs ayant des propriétés physiques différentes, nous nous trouverons forcément dans un de ceux où la vie est possible9.

Mais cela ne va pas au fond du problème : les scientifiques " matérialistes " ne sont en général pas assez matérialistes ou, en tout cas, pas assez darwiniens (dans un certain sens du terme). La tradition religieuse ainsi qu’un narcissisme évident nous a laissé l’illusion que nous étions le centre de l’univers et le sommet de la création10. Mais dans la vision scientifique du monde, nous ne sommes, métaphoriquement parlant, qu’un peu de moisissure perdue sur une planète quelque part dans l’univers, et que la pression de la sélection naturelle a muni d’un cerveau. En particulier, il n’y a strictement aucune raison de croire que nous pouvons répondre à toutes les questions que nous nous posons11. Et il est normal qu’il y ait de l’inexpliqué et du mystérieux dans le monde — c’est l’inverse qui serait surprenant12. Personne ne songe à faire jouer les orgues de la métaphysique parce que les chiens ou les chats ne comprennent pas certains aspects de leur environnement. Pourquoi réagir différemment lorsqu’il s’agit de ces animaux particuliers que sont les êtres humains ? Certes, la science fait reculer notre ignorance, mais elle n’élimine pas notre perplexité. En fait, plus on avance, plus on touche à des réalités qui sont soit très petites avec la mécanique quantique, soit très grandes ou très anciennes avec la cosmologie, et il n’est pas déraisonnable de s’attendre à ce que le monde nous apparaisse de plus en plus étrange. Le meilleur remède psychologique contre les dérives métaphysiques liées aux limites des sciences est de changer de perspective et de se dire que ce n’est pas le monde qui est magique, mais nous qui sommes bêtes.

Les partisans de la convergence répondront que l’analyse objective du monde suggère l’existence d’une transcendance et qu’il n’y a aucune raison de la rejeter comme hypothèse; cette transcendance est peut-être invisible, mais les champs électromagnétiques ou la force de gravitation universelle ne sont pas non plus observables de façon directe. On observe leurs conséquences et, à partir de là, on infère leur existence. Pourquoi ne pas procéder de la même façon avec Dieu ? Pour une raison très simple : comment spécifier ce qu’est Dieu ? Lorsqu’on fait des hypothèses scientifiques, on les formule, du moins en principe, de façon mathématiquement précise et on en déduit des conséquences observables. Comment procéder ainsi pour le transcendant ? C’est impossible, presque par définition. Considérons, par exemple, l’idée que Dieu est tout-puissant : qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Qu’il peut modifier les lois de la physique ? Ou même celles de l’arithmétique (par exemple, faire en sorte que 2+3=6) ? Peut-il s’opposer au libre arbitre humain ? Peut-il empêcher la souffrance ? Sans aucun doute, les théologiens peuvent apporter des réponses cohérentes à ces questions. Le problème est qu’il est relativement facile de trouver toute une série de réponses cohérentes à presque n’importe quelle question, mais qu’il est difficile, en l’absence de tests empiriques, de savoir laquelle est la bonne.

Évidemment, une façon de donner un contenu précis à l’idée de divinité, c’est de se tourner vers l’une ou l’autre révélation. Mais il faut éviter de tomber dans un raisonnement circulaire. On ne peut pas accepter d’emblée qu’il s’agisse là de la parole de Dieu, au contraire, c’est ce qu’il faut établir. Or, il n’existe pas de révélation qui soit empiriquement correcte dans les domaines où l’on peut la vérifier ; par exemple, la Bible n’est pas particulièrement exacte en matière de géologie ou d’histoire naturelle. Pourquoi alors faire confiance aux assertions qu’on y trouve concernant des domaines où elle n’est pas directement vérifiable, tels que les caractéristiques du divin ?

On ne peut que s’étonner du fait que d’éminents scientifiques non-croyants se laissent parfois enfermer dans la problématique du concordisme. Steven Hawking, par exemple, affirme : " Mais si l’Univers n’a ni singularité ni bord et est complètement décrit par une théorie unifiée, cela a de profondes conséquences sur le rôle de Dieu en tant que créateur. "13 En réalité, cela n’en a aucune, à moins d’arriver à caractériser Dieu de façon suffisamment précise pour servir d’alternative à l’absence de singularité et de bord (qui, eux, sont définis de façon mathématique). Le biologiste Richard Dawkins explique qu’il a un jour déclaré à un philosophe, au cours d’un dîner, qu’il ne pouvait pas imaginer être athée avant 1859, année de la parution de L’origine des espèces de Darwin14. Ce qui revient implicitement à critiquer l’attitude des athées du 18e siècle. Pour comprendre néanmoins pourquoi ceux-ci avaient raison, imaginons, ce qui est évidemment impossible, qu’on démontre demain que toutes les données géologiques, biologiques et autres sur l’évolution sont une gigantesque erreur et que la Terre est vieille de 10.000 ans. Ceci nous ramènerait plus ou moins à la situation du 18e siècle. Nul doute que les croyants, surtout les plus orthodoxes, pousseraient un immense cri de joie. Néanmoins, je ne considérerais nullement cette découverte comme un argument en leur faveur. Cela montrerait que nous n’avons, après tout, pas d’explication de la diversité et de la complexité des espèces. Bien ; et alors ? Le fait que nous n’ayons aucune explication d’un phénomène n’implique nullement qu’une explication qui n’en n’est pas une (par exemple, une explication théologique) devienne subitement valable.

La célèbre phrase de Jacques Monod : "L’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard "15 souffre également d’une certaine ambiguïté, qu’on retrouve chez certains biologistes ; que veut dire ici le mot " hasard " ? S’il signifie que l’homme n’était pas prédestiné, ce n’est pas réellement une découverte scientifique ; les explications en terme de causes finales ont été abandonnées pour des raisons similaires à celles qui ont mené à l’abandon des explications de type religieux (impossibilité de les formuler de façon à ce qu’elles soient testées). Mais si le terme désigne ce qui n’a pas de causes (antécédentes), alors la phrase exprime simplement notre ignorance concernant l’origine de la vie ou certains aspects de son évolution. Le hasard n’est pas plus une cause ou une explication que Dieu16.

En fin de compte, le Dieu soi-disant découvert par la science, comme le hasard, n’est qu’un nom que nous utilisons pour recouvrir notre ignorance d’un peu de dignité.

Notons finalement que, lorsque l’Église s’est décidée à reconnaître ses torts dans l’affaire Galilée (au terme d’une enquête qui a duré de 1981 à 1992), le cardinal Poupard déclara, en présence du pape : " certains théologiens contemporains de Galilée n’ont pas su interpréter la signification profonde, non littérale, des Écritures "17. Mais ni lui ni Sa Sainteté ne semblent apprécier l’importance du fait que c’est l’action courageuse de milliers de non-croyants ou de croyants suffisamment sceptiques qui ont amené les théologiens18 à découvrir cette " signification profonde ". On ne peut s’empêcher d’être perplexe face au comportement d’une divinité qui se révèle dans des Écrits, dont la véritable signification échappe totalement durant des siècles aux croyants les plus zélés et ne finit par être comprise que grâce aux travaux des sceptiques ; les voies de la Providence sont vraiment impénétrables.

UNE RÉALITÉ D’UN AUTRE ORDRE ?

Toute connaissance accessible doit être atteinte par des méthodes scientifiques ; et ce que la science ne peut pas découvrir, l’humanité ne peut pas le connaître.

Bertrand Russell19
L’attitude religieuse traditionnelle et pourrait-on dire, orthodoxe, rejette, souvent avec fermeté, l’idée d’une concordance entre science et foi et s’appuie plutôt sur l’idée que la théologie ou la réflexion religieuse nous donne accès à des connaissances d’un autre ordre que celles accessibles à la science20. Ce genre de discours commence souvent en observant que l’approche scientifique ne nous donne qu’une connaissance très partielle de la réalité. En effet le monde tel que le représente la science est assez étrange : où trouve-t-on dans ce univers de gènes, de molécules, de particules et de champs ce qui nous paraît faire la spécificité de l’être humain, à savoir nos sensations, nos désirs, nos valeurs ? Ne faut-il pas faire appel à une autre approche, non-scientifique, pour appréhender cet aspect essentiel de la réalité ? Et cette autre approche ne pourrait-elle pas nous indiquer le chemin qui mène vers une transcendance ?

Comme cette question est la source de pas mal de confusions, il faut, pour y répondre, distinguer soigneusement nos différentes façons de connaître; tout d’abord, remarquons que l’immense majorité de nos connaissances ne sont pas " scientifiques " au sens strict du terme. Ce sont les connaissances de la vie courante. Néanmoins, elles ne sont pas radicalement différentes des sciences en ce sens qu’elles visent également à une connaissance objective de la réalité et qu’elles sont obtenues par une combinaison d’observations, de raisonnements et d’expériences. Ensuite, il y a l’approche introspective et intuitive de la réalité, qui nous permet de connaître nos propres sentiments et parfois de deviner ceux des autres. C’est elle qui nous permet d’avoir accès au monde des sensations et de la conscience. Comment relier ce monde subjectif au monde objectif tel que le décrit la science contemporaine est fort problématique et suggère effectivement que la vision du monde fournie par la science est incomplète. À nouveau, on peut soutenir que cette situation n’est que temporaire. Mais surtout, il ne faut pas oublier qu’il est normal que notre rapport à la réalité nous laisse insatisfaits et perplexes.

La démarche religieuse cherche parfois à utiliser l’aspect subjectif de notre expérience pour justifier ses assertions. Nous sentons " qu’il y a quelque chose qui nous dépasse " ou nous nous sentons en rapport immédiat avec une entité spirituelle, ce qui, poussé à l’extrême, débouche sur l’expérience mystique. Mais comment s’assurer que notre expérience subjective nous donne accès à des entités existant objectivement en dehors de nous, Dieu par exemple, et pas simplement à des illusions ? Après tout, il existe tant d’expériences subjectives différentes qu’il est difficile de croire qu’elles mènent toutes à des vérités. Et comment les départager si ce n’est en faisant appel à des critères non-subjectifs ? Mais faire appel à de tels critères revient à mettre de côté le caractère probant de l’expérience subjective.

Par ailleurs, postuler, par exemple, l’existence d’une âme pour expliquer la conscience21 est une démarche aussi illusoire que postuler l’existence d’une divinité pour expliquer l’univers. L’âme est-elle immortelle ? Vient-elle à la naissance ou à la conception ? Comment interagit-elle avec le corps ? Cette interaction viole-t-elle les lois de la physique ? Respecte-t-elle la conservation de l’énergie ? Dès que l’on pose des questions concrètes, on se rend compte qu’il est impossible d’y répondre. Ou plutôt, qu’il est toujours possible de donner différentes réponses, mais qu’il n’y a aucun moyen de trancher entre elles. En fin de compte, notre approche subjective du monde ne nous permet pas plus d’inférer l’existence des êtres postulés par les religions (Dieu, l’âme etc.) que notre approche objective.

En fait, l’appel à la vie intérieure comme signe d’une transcendance est une sorte de régression par rapport à la métaphysique classique. Celle-ci cherchait à atteindre un autre ordre de réalité en utilisant non pas notre intuition, mais nos capacités de raisonnement a priori. Hume a très bien résumé le problème que rencontre cette approche : " la racine cubique de 64 est égale à la moitié de 10, c’est une proposition fausse et l’on ne peut jamais la concevoir distinctement. Mais César n’a jamais existé, ou l’ange Gabriel ou un être quelconque n’ont jamais existé, ce sont peut-être des propositions fausses, mais on peut pourtant les concevoir parfaitement et elles n’impliquent aucune contradiction. On peut donc seulement prouver l’existence d’un être par des arguments tirés de sa cause ou de son effet ; et ces arguments se fondent entièrement sur l’expérience. Si nous raisonnons a priori, n’importe quoi peut paraître capable de produire n’importe quoi. La chute d’un galet peut, pour autant que nous le sachions, éteindre le soleil ; ou le désir d’un homme gouverner les planètes dans leur orbite. C’est seulement l’expérience qui nous apprend la nature et les limites de la cause et de l’effet et nous rend capables d’inférer l’existence d’un objet de celle d’un autre. "22 Ce que montre clairement Hume, c’est que nous sommes en quelque sorte prisonniers de nos capacités cognitives : ou bien nous raisonnons a priori, mais alors nous devons nous limiter aux objets mathématiques ou bien, nous nous intéressons à des questions de fait, et nous devons utiliser des arguments fondés "entièrement sur l’expérience " . Raisonner a priori sur des objets non-mathématiques et vagues tels que la Substance ou l’Être ne peut produire que " sophismes et illusions " .

Une version moderne de l’illusion métaphysique consiste à dire que la science répond à la question du pourquoi, mais pas du comment. C’est à nouveau un faux problème. Si l’on se demande " pourquoi l’eau bout-elle à 100° ? ", la réponse sera donnée par la physique. Si l’on veut, on peut reformuler la question en terme de comment : " comment se fait-il que l’eau bout à 100° ? " Mais on s’aperçoit alors que, pour ce genre de questions, la différence entre pourquoi et comment est illusoire. Insister sur le " pourquoi " renvoie implicitement, soit aux explications finalistes qui sont impossibles à tester, soit à des explications " ultimes " qui sont également inaccessibles (toutes les explications scientifiques s’arrêtant quelque part). Et, si l’on y réfléchit, on s’aperçoit vite que les seules questions de " pourquoi " auxquelles nous puissions trouver une réponse fiable sont celles qui sont équivalentes à des questions de " comment " .

Ce que comprenaient bien les penseurs des Lumières, mais qui a été en partie oublié depuis lors, c’est que l’approche scientifique (en y incluant la connaissance ordinaire) nous donne les seules connaissances objectives auxquelles l’être humain ait réellement accès. Si l’approche scientifique nous donne une vision partielle de la réalité, c’est parce que nous n’avons pas accès, de par notre nature finie, à la réalité ultime des choses. Mais il y a une grande différence entre dire que la science nous donne une description complète de la réalité et dire qu’elle en donne la seule connaissance accessible à l’être humain ; la confusion entre ces deux propositions est d’ailleurs soigneusement entretenue par les croyants, ce qui leur permet alors d’attaquer le " scientisme " , identifié à la première proposition, et de suggérer non pas simplement qu’il existe des questions auxquelles la science n’a pas de réponses, mais qu’il existe une façon d’apporter à ces questions des réponses fiables. Une fois que cette distinction est clairement énoncée, des édifices entiers de métaphysique et de théologie s’effondrent.

DES DOMAINES DE COMPÉTENCES DISTINCTS ?

La Bible dit : " tu ne permettras pas à une sorcière de vivre " ... Les chrétiens libéraux modernes, qui soutiennent que la Bible est valable d’un point de vue éthique, tendent à oublier de tels textes ainsi que les millions de victimes innocentes qui sont mortes dans de grandes souffrances parce que, dans le temps, les gens ont réellement pris la Bible comme guide de leur conduite.

Bertrand Russell23
Les deux attitudes discutées ci-dessus défendaient avec force la place de la théologie face à la science. Envisageons maintenant les positions de repli, qui ne sont devenues populaires aux yeux de certains croyants que parce que ceux-ci ont fini par se rendre compte que les positions fortes étaient intenables. Une première position consiste à séparer totalement les domaines ; la science s’occupe des jugements de fait et la religion s’occupe d’autres jugements, par exemple les jugements de valeur, le sens de la vie etc. Notons que cette position est différente de la précédente : l’approche " métaphysique " cherche à atteindre des vérités d’un autre ordre que les vérités scientifiques, mais qui sont néanmoins factuelles (l’existence de Dieu etc.). Cette séparation des domaines est défendue par certains intellectuels, par exemple par le paléontologue S. J. Gould24 qui se déclare " agnostique " , mais désire défendre la théorie de l’évolution contre les attaques créationnistes tout en permettant à la religion de garder une certaine place dans la culture. Elle satisfait sans doute aussi certains croyants, mais n’est certainement pas compatible avec la position de l’immense majorité d’entre eux, qui considèrent la métaphysique religieuse comme une vérité objective qu’ils ne sont pas prêts à abandonner. Et, en fait, ils ont en un certain sens raison : si l’on abandonne réellement toutes les questions de fait à la science et qu’on rejette le concordisme, comment justifier les jugements religieux sur les valeurs et le sens de la vie ? Sur l’enseignement contenu dans telle ou telle révélation ? Mais au nom de quoi choisir une révélation plutôt qu’une autre si ce n’est parce qu’elle exprime la " véritable " parole de Dieu ? Et cette assertion nous replonge immédiatement dans des questions ontologiques. Va-t-on suivre l’exemple d’un personnage supposé admirable, comme Jésus Christ ? Mais que sait-on scientifiquement de sa vie ? Pas grand-chose. Pourquoi alors ne pas suivre l’exemple de quelqu’un dont on sait avec plus de certitude ce qu’il a vraiment fait ? Et si sa vie réelle n’a pas d’importance, pourquoi ne pas inventer de toutes pièces un personnage dont la vie serait encore plus admirable et qu’on nous inviterait à imiter ? Finalement, les morales religieuses rencontrent un problème semblable à celui rencontré par l’interprétation non littérale des Écritures : plus aucun croyant ne veut suivre à la lettre, en matière éthique, toutes les prescriptions bibliques. Mais comment fait-on le tri, si ce n’est en utilisant des idées morales indépendantes de la révélation ? Et s’il faut évaluer cette dernière au nom de critères qui lui sont extérieurs, à quoi peut-elle bien servir ?

On entend souvent dire — et on cite Hume à ce sujet — qu’on ne peut pas déduire logiquement des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C’est certainement vrai, mais cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas une façon scientifique de raisonner en matière éthique qui, à nouveau, s’oppose à l’attitude religieuse. Cette approche est l’utilitarisme qui repose sur un seul principe éthique non factuel, à savoir qu’il faut globalement maximiser le bonheur. Ce principe ne peut évidemment pas être justifié scientifiquement. Mais, une fois qu’il est admis, à cause de son caractère intuitivement évident, tous les autres jugements moraux sont ramenés à des jugements du type : est-ce que telle ou telle action tend à augmenter le bonheur global ? Et ces jugements-là sont factuels. Évidemment, les adversaires de cette approche font vite remarquer que la notion de bonheur est vague et que les calculs utilitaristes sont souvent impossibles à effectuer. Tout cela est vrai, mais quelle alternative proposer ? On peut justifier a contrario l’utilitarisme en faisant remarquer qu’il est difficile d’imaginer une action qui serait moralement justifiée alors que celui qui la commet sait qu’elle tend à diminuer le bonheur global.

L’approche utilitariste choque souvent parce qu’elle s’oppose à deux aspects profondément ancrés dans notre réaction spontanée face aux problèmes éthiques : l’une, c’est le respect des morales traditionnelles, obéissance à l’autorité, à la communauté, à l’État ou aux préceptes religieux ; pour un utilitariste, toutes ces traditions doivent être critiquées et évaluées à l’aune de la maximisation du bonheur total. L’autre aspect, sont toutes les volontés de vengeance ou de punition. D’un point de vue utilitariste, toute sanction doit être justifiée uniquement en fonction du bonheur global et non pas par un désir de punir les méchants. En particulier, l’utilitarisme met entre parenthèse le problème de la responsabilité et du libre arbitre ; il n’a pas besoin de nier le libre arbitre ; simplement, il ne se préoccupe pas de savoir si les actions humaines sont " vraiment " libres et en quel sens, ce qui est probablement la position philosophique la plus prudente. Finalement, pour un utilitariste, il existe des progrès en éthique, comme en sciences, et l’on y arrive également par l’observation et le raisonnement. On peut, en comprenant mieux la nature humaine, découvrir, par exemple, que l’esclavage est mauvais et que l’avortement ne l’est pas. En fin de compte, non seulement une religion dont on aurait évacué tous les jugements de fait se vide de tout contenu, mais la façon religieuse d’aborder les problèmes éthiques s’oppose radicalement à l’approche basée sur une conception rationnelle du monde.

CROIRE POUR SE SENTIR BIEN.

Je pourrais être plus heureux, et j’aurais sans doute de meilleures manières, si je croyais être descendant des empereurs de Chine, mais tous les efforts de volonté que je pourrais faire en ce sens ne parviendraient pas à m’en persuader, pas plus que je ne peux empêcher mon cœur de battre.

Steven Weinberg25
Il existe une tradition de " révolte contre la raison ", dont on trouve des accents chez des auteurs aussi différents que Pascal et Nietzsche, et qui rejette toute la discussion précédante en admettant volontiers qu’il n’y a pas d’arguments rationnels en faveur de la religion, et qu’en fin de compte il s’agit uniquement d’un choix personnel. On peut croire, même si c’est absurde, surtout si c’est absurde. Ou bien, il s’agit d’un engagement, d’un style de vie — on fait les " gestes de la foi " , prier et implorer, et on finit par croire. Ce genre d’attitude est devenu de plus en plus populaire avec la montée du " postmodernisme " et, plus généralement, de l’idée que ce qui est important n’est pas de savoir si ce qu’on dit est vrai ou faux, ou peut-être même que la distinction entre vrai et faux n’a pas de sens. Ce qui compte, ce sont les effets pratiques d’une croyance ou le rôle social qu’elle joue dans un groupe donné.

Dans la variante postmoderne la plus extrême de cette tradition, le problème de la contradiction entre différentes croyances religieuses ne se pose pas. On a recourt à la doctrine des vérités multiples, c’est-à-dire que des idées mutuellement contradictoires peuvent être simultanément vraies. L’un croit au ciel et à l’enfer, l’autre à la réincarnation, un troisième pratique le New Age et un quatrième pense avoir des extra-terrestres parmi ses ancêtres. Toutes ces vues sont " également vraies " mais avec un qualificatif du genre, " pour le sujet qui y croit " ou " à l’intérieur de sa culture " . Je ne peux que partager le sentiment d’étonnement que ressentent beaucoup de croyants orthodoxes face à cette multiplication des ontologies.

Comme il est inutile d’attaquer ce genre de positions au moyen d’arguments rationnels, je vais me contenter de faire deux remarques à caractère moral26. Premièrement, cette position n’est pas sincère et cela se remarque dans les choix de la vie courante : lorsqu’il faut choisir une maison, acheter une voiture, confier son sort à une thérapeutique, même les subjectivistes les plus acharnés comparent différentes possibilités et tentent d’effectuer des choix rationnels27. Ce n’est que lorsqu’on se tourne vers des questions " métaphysiques " , qui n’ont pas de conséquences pratiques immédiates, que tout devient une question de désir et de choix subjectifs. Ensuite, cette position est dangereuse, parce qu’elle sous-estime l’importance de la notion de vérité objective, indépendante de nos désirs et de nos choix : lorsqu’aucun critère objectif n’est disponible pour départager des opinions contradictoires, il ne reste que la force et la violence pour régler les différends. En particulier, sur le plan politique, la vérité est une arme que les faibles ont face aux puissants, pas l’inverse.

Finalement, Steven Weinberg fait une remarque perspicace à propos du subjectivisme religieux : "Il est très étrange que l’existence de Dieu, la grâce, le péché, l’enfer et le paradis n’aient aucune importance !  Je suis tenté de penser que, si les gens adoptent une telle attitude vis-à-vis des questions théologiques, c’est parce qu’ils ne peuvent se résoudre à admettre qu’ils n’y croient pas du tout. "28



ACTUALITÉ DE L’ATHÉISME.

L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est une exigence de son bonheur réel. Exiger que le peuple renonce à ses illusions sur sa condition, c’est exiger qu’il abandonne une condition qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc virtuellement la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole.

Karl Marx29
Tout d’abord, il faut lever une ambiguïté de terminologie : l’attitude défendue ici, qui s’appuie sur les limites des connaissances (fiables) auxquelles l’humanité a accès est souvent considérée comme une forme d’agnosticisme plutôt que d’athéisme30. Mais il s’agit là d’une confusion : par exemple, le pape ne se dira pas " agnostique " au sujet des dieux de l’Olympe. Par rapport à eux, il est en réalité, comme tout le monde, athée. Idem pour toutes les religions africaines, polynésiennes etc. En fait, les théologiens les plus orthodoxes et moi-même sommes probablement d’accord (je n’ai pas fait de calculs exacts) sur 99% des religions existantes ou ayant existé. Personne n’a jamais prouvé qu’Aphrodite n’existait pas.

En réalité, il y a deux sortes d’agnostiques : d’une part, ceux qui constatent qu’il n’y a aucune raison valable de croire en une divinité quelconque et qui utilisent ce mot pour désigner leur position, laquelle n’est pas réellement différente de l’athéisme. Aucun athée ne pense avoir des arguments prouvant l’inexistence des divinités. Ils constatent simplement, face à la multiplicité des croyances et des opinions, qu’il faut bien faire un tri (à moins d’accepter le pluralisme ontologique des subjectivistes) et que dire qu’il n’y a aucune raison de croire en l’existence d’un être revient à nier son existence. Mais d’autres personnes qui se déclarent agnostiques pensent que les arguments en faveur du déisme ne sont pas totalement convaincants mais sont peut-être valides, ou font une distinction entre les religions de l’antiquité et une religion contemporaine, et cette attitude est effectivement très différente de l’athéisme.

Remarquons aussi que le phénomène de la croyance en tant que tel est pratiquement indépendant des arguments pseudo-rationnels discutés ci-dessus. L’immense majorité des gens qui embrassent une foi ne le font pas parce qu’ils sont impressionnés par l’argument anthropique, mais parce qu’ils respectent les traditions dans lesquelles ils ont été élevés, ont peur de la mort, ou trouvent plaisant d’imaginer qu’un être tout-puissant veille sur leur sort. C’est pourquoi même les intellectuels religieux sont souvent " athées " en ce sens qu’ils rejettent les raisons de croire qu’ont la plupart de leurs coreligionnaires.

Les idées développées ici paraissent sans doute aller un peu trop à contre-courant du consensus mou qui domine la pensée contemporaine. La religion n’est-elle pas devenue inoffensive ? À quoi bon la critiquer ? On peut grosso modo classer les attitudes religieuses selon un axe orthodoxe-libéral ; lorsqu’on se déplace le long de cet axe, on passe d’une croyance dogmatique et littérale en certains textes sacrés à des positions de plus en plus vagues et défendues avec de moins en moins de vigueur. Les torts causés par ces variantes de la religion sont évidemment différents. C’est la variante dogmatique qui fait le plus grand tort, qui impose des morales barbares, fonctionne comme opium du peuple et, opposant les vrais croyants aux impies, encourage divers conflits. C’est elle qui domine dans le Tiers Monde, mais pas seulement là31.

En ce qui concerne les variantes libérales de la religion (qui ont tendance à être répandues plutôt parmi les intellectuels), elles pêchent de deux façons : l’une est de fournir indirectement une pseudo-justification aux variantes les plus naïves et les plus dogmatiques de la religion. Les théologiens, surtout les plus sophistiqués, donnent un bagage intellectuel aux prêtres qui eux-mêmes entretiennent la foi des fidèles. Qu’on le veuille ou non, il existe une continuité d’idées qui relie les ailes apparemment les plus opposées de l’Église. L’autre, est d’encourager une certaine confusion intellectuelle. Pour reprendre ce que Bertrand Russell disait dans un autre contexte32, l’attitude religieuse moderne " prospère grâce aux erreurs et aux confusions de l’intellect. Par conséquent, elle tend à préférer les mauvais raisonnements aux bons, à déclarer insoluble chaque difficulté momentanée, et à considérer chaque erreur idiote comme révélant la faillite de l’intellect et le triomphe de l’intuition . "33

L’attitude des laïcs face à l’évolution de la religion est également surprenante : au fur et à mesure que la religion devenait floue et vague, l’opposition laïque devenait floue et vague. Au nom d’une volonté de dialogue et de respect, on en vient à ne plus affirmer ce que l’on pense. Mais le véritable respect part d’une affirmation claire des positions des uns et des autres, et le dialogue ne peut pas se baser sur un vague consensus humaniste qui occulte, en bioéthique par exemple, les profondes différences qui opposent des morales basées sur l’utilitarisme et sur la révélation.

Avec l’effondrement du marxisme, la critique politique de la religion s’est aussi considérablement affaiblie. En partie parce que le marxisme lui-même a édifié un certain nombre de dogmes. Mais il ne faut jamais oublier que ce qui est important dans l’athéisme, c’est l’attitude sceptique sur laquelle il est basé. Et que la critique politique de la religion doit aller bien au-delà de la critique du soutien apporté par les Églises aux pouvoirs en place. Il faut remettre à l’ordre du jour la critique de la religion comme aliénation. Et l’attitude critique vis-à-vis des vérités soi-disant révélées peut et doit s’étendre petit à petit à toutes les " abstractions " qui sont en réalité des constructions humaines mais qui, une fois réifiées, s’imposent aux hommes comme des fatalités extérieures qui les empêchent de devenir réellement maîtres de leur sort : Dieu, l’État, la Patrie, ou, de façon plus moderne, l’Europe ou le Marché. En tout cas, la critique de la religion reste une étape irremplaçable dans la transformation de cette " vallée de larmes " en un monde véritablement humain, débarrassé à la fois de ses dieux et de ses maîtres.


1 HUME (David), Enquête sur l'entendement humain, traduit par BARANGER (Philippe) et SALTEL (Philippe), Paris, GF-Flammarion, 1983 [1748], 247p. Cette phrase, la dernière du livre, peut sembler un peu brutale mais il ne faut pas oublier qu'à l'époque de Hume c'étaient en général les théologiens qui allumaient les bûchers.
2 Opposant le prix Nobel de physique Steven Weinberg à John Polkinghorne, physicien et pasteur anglican.
3 Qui n'est pas réellement une université, mais une association qui organise des conférences et édite une revue, Convergences. Dans le conseil scientifique de l'UIP, on trouve, entre autres, Olivier Costa de Beauregard, Jean Staune, Anne Dambricourt-Malassé, Rémy Chauvin, Michaël Denton, Bernard d'Espagnat, John Eccles, Ilya Prigogine, Jean-Pierre Luminet, Trinh Xuan Thuan.
4 Voir GOULD (Steven Jay), Rocks of Ages : Science and Religion in the Fullness of Life, Ballantine Books, 224p.
5 Pour de bonnes critiques de la religion, d'un point de vue scientifique, voir : RUSSELL (Bertrand), " Pourquoi je ne suis pas chrétien " , in RUSSELL (Bertrand) Le mariage et la morale, Paris, Éditions 10/18, 1997, 350p. ; RUSSELL (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p. ; et WEINBERG (Steven), Le rêve d'une théorie ultime, Paris, O. Jacob, 1997, 279p., surtout le chapitre XI.
6 RUSSELL (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p. (p.221-222).
7 Fortement encouragé par des organisations comme l'UIP et la fondation Templeton.
8 A une époque où il est de bon ton de dénoncer le " politiquement correct " et la soi-disant politisation des universités américaines par la gauche académique, il n'est peut-être pas inutile de signaler les élans d'enthousiasme que l'argument anthropique suscite chez certains commentateurs de droite ; par exemple, Patrick Glynn, ancien expert de l'administration Reagan, consacre un ouvrage à cette idée qui, d'après lui, offre un " argument puissant et presque incontestable " en faveur de l'existence " de l'âme, de la vie après la mort et de Dieu " . Cet argument permet de combattre " les conséquences néfastes des politiques et de l'expérimentation sociales inspirées par l'athéisme " , telles que les atrocités soviétiques et la révolution sexuelle américaine. Un éditorialiste de droite renommé, George Will, ironise en disant que les laïcs devront " porter plainte contre la NASA parce que le télescope Hubble apporte un soutien anticonstitutionnel à ceux qui sont enclins à croire " . Robert Bork, autre intellectuel de droite, se réjouit de ce que cet argument détruit les bases intellectuelles de l'athéisme parce que " la croyance religieuse est probablement essentielle si l'on veut que l'avenir soit civilisé ". Voir : SILBER (Kenneth), Is God in the details ?, Reason, Juillet 1999 (disponible sur http ://www.reasonmag.com/9907/fe.ks.is.html.).
9 Voir par exemple WEINBERG (Steven), op.cit., p. 224, pour une bonne présentation de ce genre d'arguments.
10 En fait, le plus remarquable dans la religion n'est sans doute pas tant le discours sur Dieu, mais la place que celle-ci attribue à l'homme. On trouve cependant des exemples d'anthropocentrisme aigu chez certains auteurs " matérialistes ", par exemple : " ... nous avons la certitude que, dans toutes ses transformations, la matière reste éternellement la même, qu'aucun de ses attributs ne peut jamais se perdre et que, par conséquent, si elle doit sur terre exterminer un jour, avec une nécessité d'airain, sa floraison suprême, l'esprit pensant, il faut avec la même nécessité que quelque part ailleurs et à une autre heure elle le reproduise. " ENGELS (Friedrich), Dialectique de la nature, Paris, Éditions Sociales, 1968, 364p. (p.46). Premièrement, qu'en sait-il ? Deuxièmement, s'ils connaissaient la dialectique, les éléphants considéreraient peut-être leurs trompes comme la " floraison suprême " .
11 Par exemple : pourquoi il y a-t-il de l'être plutôt que rien ?
12 Comme l'a correctement fait remarquer Einstein, le plus mystérieux dans l'univers, c'est qu'il soit compréhensible. Mais il ne l'est que partiellement.
13 HAWKING (Stephen), Une brève histoire du temps. Du Big Bang aux trous noirs, Paris, Flammarion, 1989. On trouve une confusion bien plus grande encore chez Claude Allègre qui considère que " le Big Bang établit la supériorité des religions du Livre sur toutes les autres croyances du monde " ALLÈGRE (Claude), Dieu face à la science, Paris, Fayard, 1997 (p.94). Cité (p.146) dans LAMBERT (Dominique), Science et théologie ; Les figures d'un dialogue, Bruxelles, Éditions Lessius, 1999, 218p.
14 Voir DAWKINS (Richard), The Blind Watchmaker, New York, W.W.Norton, 1997, 332p. Dawkins explique correctement l'argument sceptique et pré-darwinien de Hume, mais il ne semble pas apprécier le fait que de tels arguments sont toujours nécessaires, même après Darwin, pour faire face par exemple à l'argument anthropique. La découverte de Darwin déplace le " problème " lié à l'argument basé sur la finalité apparente de l'univers, mais il ne le résout pas. La solution passe, même aujourd'hui, par une critique philosophique de la religion. Ceci dit, il n'y a pas de doute que le darwinisme a apporté un immense soutien psychologique à l'athéisme.
15 MONOD (Jacques), Le hasard et la nécessité, Paris, Le Seuil, 1971, 197p.
16 Remarquons que cette idée était parfaitement claire aux yeux de certains scientifiques " mécanistes " du 18e siècle ; par exemple, Laplace écrivait, à propos des " événements " : " Dans l'ignorance des liens qui les unissent au système entier de l'univers, on les a fait dépendre des causes finales ou du hasard, suivant qu'ils arrivaient et se succédaient avec régularité ou sans ordre apparent ; mais ces causes imaginaires ont été successivement reculées avec les bornes de nos connaissances, et disparaissent entièrement devant la saine philosophie, qui ne voit en elles que l'expression de l'ignorance où nous sommes des véritables causes ".
LAPLACE (Pierre Simon), Essai philosophique sur les probabilités, 5è édition, Paris, Christian Bourgeois 1986 [1825] (p.32).
17 Documentation catholique, n° 2062, 1992 (n° 5), p. 1070. Cité (p.65) dans : LAMBERT (Dominique), op.cit.
18 Lesquels ne se sont pas opposés seulement à Galilée, mais également à l'idée que les comètes n'étaient pas des objets sublunaires, que le soleil avait des taches, ainsi qu'à l'émergence de la géologie, à la théorie de l'évolution, à l'approche scientifique en psychologie et à de nombreux traitements médicaux ; pour plus de détails historiques, voir RUSSELL (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p.
19 RUSSELL (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p. (p.243).
20 Pour une bonne critique du concordisme, d'un point de vue catholique, voir LAMBERT (Dominique), op.cit., ainsi que LAMBERT (Dominique) " Le `réenchantement' des sciences : obscurantisme, illusion ? " Revue des Questions Scientifiques, n°166, 1995, p. 287-291.
21 Ce qui est plus ou moins l'attitude du physicien-pasteur Polkinghorne qui considère la conscience comme un signe intrinsèque d'un créateur ; notons aussi que le pape admet l'évolution pour ce qui est du corps, mais considère qu'il y a un saut ontologique lorsqu'on passe à l'esprit humain.
22 HUME (David), op.cit. p. 46.
23 RUSSELL (Bertrand), Religion and Science, Oxford, Oxford University Press, 1961, 256p.
24 Qui, dans son récent livre (GOULD, op.cit.), suggère l'expression " non-overlapping magisteria (NOMA) ".
25 WEINBERG (Steven), op.cit. p. 230.
26 Pour une critique générale du pragmatisme, en particulier lorsqu'il est utilisé pour défendre la religion, voir les chapitres 29 et 30, consacrés à William James et à John Dewey de RUSSELL (Bertrand), Histoire de la philosophie occidentale, traduit de l'anglais par KERN (Hélène), Paris, Gallimard, 1952.
27 Encore que, en ce qui concerne les thérapeutiques, leurs choix soient parfois bizarres.
28 WEINBERG (Steven), op.cit. p. 229.
29 RUBEL (Maximilien), Pages de Karl Marx. Pour une éthique socialiste. 1. Sociologie critique, Paris, Payot, 1970, 302p. (p.105).
30 Bertrand Russell raconte que, lorsqu'il fut mis en prison pour son opposition à la première guerre mondiale, le garde lui demanda qu'elle était sa religion et il répondit qu'il était agnostique. Le garde le regarda en disant : " bon, de toute façon, nous croyons tous dans le même Dieu ". Plus sérieusement, Russell explique que lorsqu'on lui posait ce genre de questions, il hésitait entre répondre " agnostique ", ce qui caractérisait sa position philosophique au sens strict (on n'a pas de preuves de l'inexistence de Dieu) et " athée ", ce qui exprimait le fait qu'il ne pouvait pas non plus prouver que les dieux de l'Olympe n'existaient pas et qu'il mettait ceux-ci sur le même pied que le Dieu des chrétiens.
31 Francisco Ayala, ex-prêtre dominicain et professeur de biologie en Californie explique que " le premier jour de mon cours, il y a toujours une file d'étudiants qui se plaignent : `Professeur Ayala, je suis votre cours pour devenir médecin - je ne peux pas accepter l'évolution parce que je suis catholique' ". (New York Times, 27 avril 1999). Notons que cela se passe dans un État qui est supposé être à l'avant-garde d'un pays qui est régulièrement présenté comme un modèle au reste du monde. Par ailleurs, des sondages montrent que 40% des Américains considèrent leur relation avec Dieu comme ce qu'il y a de plus important dans leur vie, contre 29% pour " une bonne santé ", 21% pour " un mariage heureux " et 5% pour " un travail satisfaisant ". Comme le remarque Noam Chomsky, qui cite ces chiffres, " Que ce monde puisse offrir certain aspects de base d'une vie véritablement humaine n'est pas envisagé. Ce sont les résultat qu'on s'attendrait à trouver dans une société paysanne détruite. Ce genre de vues est particulièrement répandu parmi les Noirs ; ce qui n'est pas étonnant lorsque le New England Journal of Medicine nous apprend que `les hommes noirs à Harlem ont moins de chances d'atteindre l'âge de 65 ans que les hommes au Bangladesh'. "
32 Il s'agissait de sa critique de Bergson, voir RUSSELL (Bertrand), Histoire de la philosophie occidentale, traduit de l'anglais par KERN (Hélène), Paris, Gallimard, 1952 (p.762).
33 Considérons par exemple les théologiens de la libération : on ne peut qu'admirer le courage de ces gens qui doivent se battre sur deux fronts, à la fois contre le pouvoir temporel et contre la hiérarchie réactionnaire de l'Église. Mais leur démarche intellectuelle est très difficile à suivre. Ils ont tendance à mettre de côté l'approche théologique classique et à se concentrer sur une lecture des Évangiles. Admettons, pour simplifier la discussion, que leur interprétation des Évangiles soit correcte. Mais comment, sans faire appel à des arguments métaphysiques, défendre l'idée que l'enseignement de quelqu'un qui a habité en Palestine il y a 2000 ans est pertinente pour résoudre les problèmes contemporains de l'Amérique Latine ?

dimanche 16 septembre 2012


Les 12 preuves de l'inexistence de Dieu

Sébastien Faure

Les Editions Libertaires 2004





Voilà un ouvrage très roboratif contre cette invention fantaisiste qu'est la notion de "dieu" ! L'anarchiste Sébastien Faure a donné d'innombrables conférences pour l'athéisme et contre les religions et ses arguments se répartissent en douze preuves que ce livre porte très utilement à la connaissance des lecteurs. Sébastien Faure relève les principales incohérences et absurdités inhérentes à l'idée de dieu qui, malgré sa toute-puissance postulée, s'avère incapable de résister à une analyse logique de ses fondements. Les 12 preuves de Sébastien Faure sont un exemple remarquablement réussi de l'application de la raison à l'hypothèse divine. On comprend mieux pourquoi les religions ont toujours refusé à l'intelligence de sonder leurs dieux et pourquoi, actuellement, certains s'échinent à avancer la pirouette des domaines séparés pour la science et la foi, signe que la seconde ne survivrait pas à la confrontation directe. 

Le texte est suivi de Les paroles d'une croyante et de la réponse de l'auteur à cette croyante. 

Les douze preuves : 

1/ Le geste créateur est inadmissible 

2/ Le "pur esprit" ne peut avoir déterminé l'univers 

3/ Le parfait ne peut produire l'imparfait 

4/ L'être éternel, actif, nécessaire, ne peut à aucun moment avoir été inactif ou inutile 

5/ L'être immuable ne peut avoir créé 

6/ Dieu ne peut avoir créé sans motif; or, il est impossible d'en discerner un seul 

7/ Le gouverneur nie le créateur 

8/ La multiplicité des dieux atteste qu'il n'en existe aucun 

9/ Dieu n'est pas infiniment bon : l'enfer l'atteste 

10/ Le problème du mal 

11/ Irresponsable, l'homme ne peut être ni puni ni récompensé 

12/ Dieu viole les règles fondamentales de l'équité